Le retour des pandémies

La disparition en cours de nombre de formes vivantes ne signifie pas pour autant la fin de la vie. La vie est vigoureuse sur Terre. Autour de Tchernobyl, l’homme ne peut survivre mais la vie y est exubérante ; la flore et la faune se sont adaptées à la radioactivité. Depuis des millénaires, la forêt méditerranéenne a appris à vivre avec le feu. Sur les terres incendiées, la végétation reprend vie rapidement et une microfaune pullule. Par ailleurs, les micro-organismes ne semblent pas subir de phénomène d’extinction. Bien au contraire, il semble que « l’action de l’homme et les pressions de sélection qu’il engendre contribuent à augmenter la diversité microbienne (1) ». A la différence des animaux et des plantes, les microbes ne disparaissent pas du fait de l’inconscience écologique des hommes. Au contraire le monde de l’infiniment petit pullule plus que jamais. Il mute, se transforme à grande vitesse et occupe les vides biologiques créés par l’homme.


Image : Engin Akyurt/Pixabay

Cette vitalité de la biosphère microscopique n’est cependant pas sans conséquence et peut être, pour partie, la cause du retour des pandémies.

Les grandes pandémies ne sont pas nouvelles dans l’histoire de l’humanité.
Déjà au 2ème siècle de notre ère, la peste galénique, une variante de la variole, cause la mort de 5 à 10 millions de personnes en Europe. Elle marque la fin de la dynastie des Antonins et amorce le déclin de l’empire romain. Au 6ème siècle, la peste de Justinien, du nom de l’empereur romain de l’époque, frappe l’occident, l’empire byzantin et l’Asie mineure. Elle tue un quart de la population des zones touchées soit quelque 40 millions de personnes. Au 14ème siècle la peste noire provoque la mort d’une centaine de millions de personnes en Asie, en Afrique et en Europe. Par endroit plus de la moitié de la population est emportée par la maladie.

Les mortalités observées dans l’antiquité, au moyen-âge et jusqu’aux temps modernes, s’expliquent en grande partie par la pauvreté, par une hygiène rudimentaire et par une médecine qui n’était pas encore très avancée. Les grandes hécatombes frappaient les esprits mais elles étaient relativement peu fréquentes. Des foyers épidémiques localisés apparaissaient bien régulièrement çà et là mais plusieurs siècles s’écoulaient entre deux pandémies majeures. Depuis la révolution industrielle et la mondialisation, ce n’est plus le cas.

Les hommes se sont concentrés dans de grandes zones urbaines favorisant la promiscuité ; leurs activités altèrent le climat et bousculent l’équilibre du vivant. Pendant que l’espèce humaine épuise les forêts, les terres et les océans, de nouveaux agents pathogènes se répandent. De nouveaux virus et de nouvelles bactéries suivent les hommes et leurs produits qui vont et viennent partout sur la planète.

Dès le début du 20ème siècle, les grandes épidémies réapparaissent et leur fréquence augmente. Entre 1918 et 1919, la grippe, improprement appelée espagnole, touche l’Amérique puis l’Europe avant de se propager en Chine, en Inde et au reste du monde. Le virus fait entre 50 et 100 millions de morts soit bien plus que les combats de la première guerre mondiale.

Dans le seconde moitié du siècle d’autres épidémies se succèdent : la grippe asiatique, dans les années 1950, et la grippe de Hong-Kong, dans les années 1960, font chacune plus d’un million de morts.

Dans les années 1980 le sida fait son apparition ; à ce jour, malgré les trithérapies, il est responsable de près de 40 millions de morts.

Depuis les années 2000, les maladies endémiques deviennent récurrentes. En 2002 le Syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) fait son apparition en Chine et s’étend à une trentaine de pays. Le coronavirus à l’origine de la maladie provoque des pneumonies aiguës souvent mortelles. En 2009 et 2010, le H1N1 et ses complications respiratoires tue plus de 200.000 personnes dans le monde. En 2012, une autre forme de coronavirus provoque le Syndrome respiratoire du Moyen-Orient (SRMO) qui tue 40% des personnes infectées. Depuis son apparition, en 2013, la maladie à virus Ebola, responsable de fièvres hémorragiques, tue chaque année des milliers de personnes en Afrique. Vers la fin de l’année 2019 un nouveau coronavirus fait son apparition en Chine. Il est responsable d’une crise mondiale majeure et de centaines de milliers morts.

A chaque pandémie, une nouvelle course s’engage pour trouver un vaccin et des remèdes. La science seule ne permettra cependant pas de résoudre le problème plus profond qui résulte des atteintes portées à la nature par l’homme. Si l’espèce humaine ne modifie pas sa relation à son environnement, si elle n’adapte pas son économie au-delà de la recherche du gain à court terme, si elle ne parvient pas à adopter un comportement collectif responsable, il faut s’attendre à des pandémies de plus en plus mortelles, sans doute bien pire encore que celle du Covid 19.

Extrait de L’Apogée, l’avenir en perspective de J. Carles et M. Granger

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(1) Jacques Balandreau, « La diversité microbienne« . Aménagement et Nature, n°136 (2000).

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